23ème Festival du film d’amour de MonsLotfi Abdelli, meilleur acteur Un cœur pour le terroriste de «Making Of» Il est assis dans l’immense salle. Le gotha du cinéma européen est réuni pour cette 23ème édition du Festival international du film d’amour de Mons (Belgique). A 35 ans, Lotfi Abdelli qui a déjà accumulé 20 ans d’une carrière entamée dans la danse contemporaine, l’ancien champion de Tunisie de disco danse, est venu défendre Making of, le dernier Bouzid, retenu dans la sélection officielle.
Catégorie «meilleur acteur»… Ils sont trois nominés, un italien et un canadien… Et, lui, le tunisien, Lotfi, oueld el hafsia plus précisément oueld el qalaline. C’est déjà fou d’être là, noyé dans cette foule qui ne le reconnaît pas encore. Dans sa solitude, il est content que Afef Ben Mahmoud, sa fiancée dans le film l’ait accompagné. «C’est toi…». Le tourbillon l’emporte. Prix d’interprétation masculine pour sa prestation de paumé récupéré par les jihadistes de l’Islam, les barbus de l’ombre. Une ombre éclairée par Nouri Bouzid l’instant d’un film en forme de point d’interrogation qui a fait l’effet d’une bombe… «Les Européens qui se sentent directement menacés par le danger terroriste, explique Lotfi de retour au bercail, ne s’y sont pas trompés. Making of n’apporte pas de réponse mais pose les bonnes questions.» Que faire d’une jeunesse désoeuvrée, sans emploi, et qui ne peut exprimer sa passion, en l’occurrence la danse, sans se voir l’objet d’une répression sévère, parfois aveugle. Dans la pénombre, une étoile a fait briller la Tunisie le temps d’un Festival. C’est Boussy, la star égyptienne membre du jury international, qui est montée pour remettre à Lotfi, époustouflant en terroriste/acteur rongé par les doutes, la statuette incrustée du coeur rouge: «Je dédie cette récompense à tous les artistes et créateurs tunisiens qui se battent pour un art libre », s’est contenté de dire Lotfi, qui n’est pas très bavard, qui aime peser ses mots, on le sait... Chez nous aussi, le public plébiscite. Making of fait salle comble malgré qu’il vienne de battre le triste record de film le plus piraté de l’histoire du cinéma tunisien. Senda Baccar |